Chapitre 38 (fiction 1)


Quand j'arrivai chez moi, j'entendis des pas précipités dans les escaliers. J'eus à peine le temps de fermer la porte et de me retourner vers les marches que ma demi-s½ur m'avait déjà prise dans ses bras. Je ris légèrement en sentant ses cheveux blonds me chatouiller le visage alors qu'elle s'agitait comme une petite fille impatiente. Elle semblait pressée de me montrer quelque chose. Cette impression que j'avais s'accentua lorsqu'elle me libéra soudainement avant de reculer d'un pas. Sans rien dire, elle m'attrapa doucement la main avant de m'entraîner à l'étage.

« Ils ont accepté ! Tu vas pouvoir participer au concours ! » lâcha-t-elle en s'arrêtant devant la porte ouverte de ma chambre.


Il me fallut quelques secondes pour comprendre de quoi elle parlait. Quand ce fut fait, je me mis à fixer Emma, me demandant comment elle avait pu réussir à convaincre ses parents de non seulement me rendre mes patins mais aussi de me laisser m'inscrire à une compétition. Ses yeux verts pétillaient de fierté et le sourire qu'elle arborait montrait que, même si la bataille avait sûrement été difficile, le résultat la satisfaisait pleinement. Plus le temps passait, plus ses fonctions de meilleure amie et de grande s½ur se confondaient mais ça n'avait pas l'air de changer celle qu'elle était. Ça me rassurait. Si l'une des deux fonctions qu'elle exerçait à mes yeux venait à s'évanouir, absorbée naturellement par l'autre, je me retrouverais complètement perdue. Dans ma vie, la Emma telle qu'elle l'était actuellement était essentielle. Voyant que je restais immobile, ma demi-s½ur me secoua légèrement le bras ce qui eut pour effet de me faire sortir de mes pensées. Son expression n'avait pas changé, quoi que j'avais le sentiment qu'elle était de plus en plus impatiente. Elle se décala de quelques pas sur la droite me laissant ainsi voir le contenu de la salle formant ma chambre. Tout y était parfaitement en ordre. Chacune de mes affaires était à la place même où je l'avais laissée ce matin. Sauf un lot d'objet qui avait immédiatement attiré mon regard. Absents lors de notre départ au collège, mes patins trônaient désormais sur mon lit.


Les jours suivants se déroulèrent de manière identique. Pourtant, ils restaient différents de ceux que j'avais vécu au début de cette année. Les cours étaient beaucoup plus intenses, les élèves estimant avoir trouvé leur place étaient beaucoup moins ouverts envers les autres et certains avaient même révélé un visage insoupçonné au fil du temps. J'avais l'impression de devoir m'adapter à une toute nouvelle classe en ayant à peine eut le temps d'assimiler celle que j'avais connu en premier lieu. Théoriquement, aucun de mes camarades n'avait changé la personne qu'ils avaient toujours été mais  je ne les avais pas vu depuis si longtemps que quelques-uns me paraissaient être des inconnus. Si retenir leurs visages ainsi que leurs prénoms avait été une tâche relativement simple, aller leur parler l'était nettement moins. L'idée de devoir affronter des élèves intransigeants me retournait complètement l'estomac. Ils n'avaient pourtant rien des monstres décrits dans divers contes pour enfants. Ils n'étaient pas nécessairement sans pitié ou dépourvus de valeurs humaines. J'avais beau le savoir, rien n'évoluait. Il suffisait que je me rende compte qu'une situation dans laquelle j'étais amenée à débattre avec d'autres personnes se déroulait pour que je ressente une sorte de blocage interne qui me paralysait à chaque fois que je tentais de m'imposer. Que se soit pour donner mon avis ou pour répondre à des questions, dès que je me rendais compte de ce qu'il se passait, ma gêne apparaissait sans que je ne parvienne à la dominer. Parfois, les circonstances exigeaient que je m'affirme et, dans ces cas-là, je faisais de mon mieux pour surmonter ma timidité. En ce moment, cela m'arrivait de plus en plus souvent et notamment lors des cours de rattrapage que me donnait Liza.


Comme tous les soirs depuis mon retour, quand nos camarades quittaient l'établissement heureux de voir leur journée de cours achevée, nous restions toutes les deux dans la même salle que la première fois. Malgré le fait que nous soyons vendredi et que nous ne voulions que rentrer chez nous afin de clôturer officiellement cette semaine, Liza et moi attendions donc l'arrivée d'un surveillant avant de réellement débuter cette heure d'étude encadrée. La motivation qui avait pu nous habiter nous avait quitté et, par un pacte silencieux, nous préférions retarder le plus possible le début de cette séance. Nous étions assises l'une à côté de l'autre sans échanger la moindre parole. Je ne lui avais pas parlé des aveux que Tara m'avait faits à son sujet. Les occasions n'avaient pas manqué mais j'estimais que la rose n'aurait pas apprécié. Je me mis à repenser à la conversation que j'avais eu avec cette dernière. Ce faisant, je me rendis compte qu'il restait un point de son histoire encore inexpliqué. Je tournai légèrement la tête vers la jeune fille installée à ma gauche. Elle était la mieux placée pour me répondre mais je craignais qu'elle ne se mette en colère. Du coin de l'½il, je la fixai du regard. Actuellement, ses yeux bleus ne révélaient aucune animosité. En réalité, ce que j'y voyais me faisait réaliser à quel point elle était soucieuse. Pourtant, rien dans son attitude ne démontrait ce sentiment. Elle semblait agacée en permanence, presque violente, comme si le monde entier l'exaspérait et qu'elle cherchait à la faire savoir. Cela ne concordait pas avec l'image d'une jeune fille perdue face à ses problèmes que je venais d'entrevoir mais, malgré cela, j'étais sûre de ce que j'avais vu. Je ne pus aller plus loin dans ma réflexion car Liza me rappela à l'ordre d'une voix qui se voulait lasse.

 
« - Arrête de me fixer de cette manière. Si tu veux me demander quelque chose, fais-le.
- Quoi ? Heu... non, je n'ai rien à te demander... enfin si, mais... je... ».

Je détournai le regard, gênée de m'être faite remarquée. Mais cette fille restait têtue et ne voulait pas lâcher l'affaire. Je sentais sa détermination et son impatience sans avoir besoin de me retourner vers elle. En exagérant, j'aurais pu dire que l'air frémissait sous le poids de sa volonté et que son regard azur me brûlait la peau tant elle l'avait posé avec force sur moi. Je pris une grande inspiration dans le but de me calmer avant de lui répondre.


« - En fait, je me demandais comment tu avais fait pour savoir que je suis malade.

- Oh ça. C'est simple, mon père est infirmier et il travaille à l'hôpital. Une fois, quand j'étais partie le voir, je t'ai vu dans la salle d'attente alors je lui demandé s'il savait quelque chose sur toi. C'est lui qui m'a tout raconté. » me révéla-t-elle en faisant un geste nonchalant de la main.

Si je pus hocher la tête, satisfaite de sa réponse, je ne pus pas ajouter quoi que se soit car l'entrée d'un surveillant sonna la fin de notre courte conversation et le début de nos révisions.


L'heure qui suivit me parut longue et étouffante. Cela venait tout d'abord du fait que le regard brûlant de Liza n'avait pas été détourné lors de notre mise au travail et reposait toujours sur moi de manière discrète. De plus, même si j'omettais la situation oppressante dans laquelle je me trouvais, j'étais impatiente de voir le bout de cette étude. Je consultais régulièrement l'heure et il m'arrivait même de la vérifier deux fois en une même minute. J'essayais pourtant de me concentrer sur le cours de géographie que m'avait photocopié Liza mais chacune de mes tentatives se concluait par un échec. En effet, je ne parvenais à me concentrer que durant quatre ou cinq minutes. Dès que cette courte durée était dépassée, mon esprit s'évadait loin des différentes évolutions des villes et des divers enjeux pour leurs populations, vers des pensées remplies de glace et de patins. Heureusement pour moi, la jeune fille n'était pas de cet avis et, bien qu'elle ignorait ce qui pouvait me distraire à ce point, prenait soin de me ramener sur terre chaque fois qu'elle constatait que je ne l'écoutais plus que d'une oreille. Quand le surveillant nous annonça la fin de l'heure, je crus tout d'abord que ces paroles allaient sonner comme une délivrance à ses yeux. Mais, en l'observant mieux, je me rendis compte que cette situation n'avait pas attisé sa colère. Seul son amusement apparaissait à travers ses gestes et son sourire de petite fille. Nous rangeâmes silencieusement nos affaires avant de sortir du bâtiment.


Je la vis se diriger vers la même voiture qui l'attendait chaque soir. Elle posa sa main sur la poignée de la portière et s'apprêta à l'ouvrir avant que je ne l'interpelle :


« - Désolée, je n'étais pas très concentrée aujourd'hui...

- J'avais remarqué ! Mais ce n'est pas grave. Tu as tes raisons, même si je moque de savoir lesquelles. Évite simplement de me refaire ce coup-là.
- C'est promis, répondis-je.
- Tu n'es pas obligée de me le promettre, tu sais ? Enfin bon, tu fais comme tu le sens. A lundi ! ».

Sous le regard pressant du conducteur, Liza avait écourté au maximum notre discussion avant de monter définitivement dans le véhicule. Je n'attendis pas que ce dernier démarre et commençai à avancer. Je marchais plus vite que d'habitude afin de ne pas perdre de temps. Je ne rentrais pas chez moi, du moins pas immédiatement. Avant cela, je devais me rendre à la patinoire pour m'inscrire au concours organisé par la ville. Mon collège n'en était pas très éloigné mais je me dépêchais comme s'il me restait des dizaines de kilomètres à parcourir.


Evidemment, j'arrivai à destination en quelques minutes, complètement essoufflée. La respiration saccadée et la paume de la main droite plaquée entre mes deux clavicules, je dus prendre un certain temps pour me calmer. Quand ce fut fait, j'entrai dans cet espace qui paraissait tellement plus petit vu de l'extérieur et dans lequel il faisait un peu plus froid. L'intérieur était assez simple et pouvait être divisé en deux parties distinctes. La première, celle que l'on rencontrait tout de suite après avoir passé la porte, concernait particulièrement l'accueil des personnes l'administration. On pouvait remarquer que des bancs et des casiers étaient laissés à disposition juste en face du comptoir où l'on pouvait louer des patins et recueillir des informations. La seconde partie, presque totalement invisible depuis ma position et accessible en descendant trois marches d'escalier, était constituée d'une immense étendue de glace délimitée par une barrière de verre et entourée de gradins. Je me dirigeai vers une dame que je voyais à chacune de mes visite et que j'avais toujours jugée comme étant k'une des responsables des lieux. Celle-ci avait dû se douter de la raison de ma présence car elle me proposa rapidement un formulaire d'inscription qu'elle tenait déjà. Quand le formulaire fut rempli, je lui remis les documents nécessaires que j'avais préparés la veille avec mes parents adoptifs. Avant de partir, elle me donna les horaires durant lesquelles la patinoire serait exclusivement réservée aux participants et ce durant le mois précédent le concours. Elle m'indiqua qu'il y avait plus de participants que prévu et que nous serions sûrement en groupe de deux ou trois par tranche d'horaire lors des séances d'entraînements. 

Tags : fiction 1 - une dernière année - chapitre 38

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Comments :

  • steanne

    31/10/2017

    Le-Trio-ILR wrote: "Ce chapitre est super bien écrit !!

    Ta plume devient de plus en plus fluide et mature. C est tellement agreable que j ai lu d une traite et que j avais hate de lire la fin !

    Les descriptions sont minutieuses mais jamais barbantes, la scene se deroule vraiment sous nos yeux

    Les sentiments sont presents et rendent selena tres attachante !

    J'aime beaucoup Emma qui fait tout pour sa meilleure amie/demi-soeur, c est une tres belle relation ! D ailleurs tout le 1er paragraphe etait touchant ! Je suis heureuse qu elle puisse passer son concours !

    J'ai adore le passage avec Liza tres bien decrit et interessant dans l histoire ! On en apprend toujours un peu plus

    Fin bref sache que j ai trouve ce chapitre vraiment genial ! <3
    "

    Merci, c'est super gentil ! Tu ne peux pas savoir à quel point ce genre de commentaire me fait plaisir ^^

    Je suis vraiment contente si mon style d'écriture évolue dans un bon sens et se fluidifie. Ça montre que je n'aurais pas fait du sur place pendant des années, ahah !

    Si la relation entre Emma et Séléna te plaît, je ne peux qu'être heureuse ! Les petits moments que j'ai mis en place entre elles étaient vraiment plaisant à écrire alors je suis ravie de voir qu'ils restent touchants. Et pas seulement pour moi.

    Exactement, ça me paraissait important de la faire revenir après tout ce qu'il s'est passé. Et on en apprend encore davantage sur elle dans la suite ;)

    Je dis un grand merci pour ton commentaire qui me fait plus que plaisir ! ♪

  • Le-Trio-ILR

    31/10/2017

    Ce chapitre est super bien écrit !!

    Ta plume devient de plus en plus fluide et mature. C est tellement agreable que j ai lu d une traite et que j avais hate de lire la fin !

    Les descriptions sont minutieuses mais jamais barbantes, la scene se deroule vraiment sous nos yeux

    Les sentiments sont presents et rendent selena tres attachante !

    J'aime beaucoup Emma qui fait tout pour sa meilleure amie/demi-soeur, c est une tres belle relation ! D ailleurs tout le 1er paragraphe etait touchant ! Je suis heureuse qu elle puisse passer son concours !

    J'ai adore le passage avec Liza tres bien decrit et interessant dans l histoire ! On en apprend toujours un peu plus

    Fin bref sache que j ai trouve ce chapitre vraiment genial ! <3

  • fanficandosARCV

    31/07/2017

    Je trouve le chapitre très long et super décrit je dis rien tu es doué pour autant décrire

    Finalement Selena grâce à sa soeur adoptif a de nouveau ses patins et compte participer au conconcour. Je pense que dans le 39 on aura peut être son entrainement.

    Sinon elle continue ses révisons avec Liza même si elle n'était pas du concentrer

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