Chapitre 39 (fiction 1)


Une vingtaine de personnes de 13 à 18 ans s'étaient déjà inscrites au concours de patinage artistique. Dans une petite ville comme la nôtre, ce chiffre dépassait déjà les prévisions des organisateurs. D'autant plus que de nouvelles inscriptions pouvaient encore avoir lieu et ce jusqu'à la fin du week-end. Normalement, dans ce genre de compétitions, deux à trois épreuves étaient organisées pour départager les participants mais, en vue du nombre d'inscrits, il avait été décidé qu'exceptionnellement celui-ci ne se jouerait qu'en une unique épreuve. Celle-ci était relativement simple et consistait à inventer un enchaînement sur un fond musical libre puis de présenter notre composition au jury. Chaque passage serait unique et devrait durer trois à quatre minutes. Nous avions une totale liberté en ce qui concernait le choix de notre costume et de la musique mais également pour la création de notre chorégraphie. Toutes les prestations auraient lieu la même après-midi et ce fameux moment était prévu pour le 21 Avril, soit dans presque un mois. Quant à la première répétition, des groupes aléatoirement formés s'étaient vu assignés un jour et un horaire dans la semaine qui venait. Même si nous devions nous entraîner par deux ou trois, l'épreuve restait individuelle. La formation de ces groupes avaient pour seul but de s'assurer que chaque participant puisse bénéficier de l'entière surface de glace pour se préparer. Pourtant, rien n'empêchait la création de liens avec son partenaire d'entraînement et de s'aider mutuellement.

Quand on m'avait présenté le déroulement du concours et les points sur lesquels je serais libre, j'avais immédiatement eu l'idée d'une musique qui servirait de base à ma future chorégraphie. Elle était simple et pouvait certes paraître enfantine mais il me tenait à c½ur de l'utiliser et je me disais qu'elle pourrait faire l'affaire si l'enchaînement était suffisamment travaillé. Certains mouvements à mettre en place me venaient déjà en tête alors que le week-end touchait à peine à sa fin. L'impatiente et l'angoisse m'avaient tiraillée sans pitié durant ces deux derniers jours. Désormais, il me tardait de pouvoir mettre en pratique toutes les pensées qui tourbillonnaient encore dans mon esprit. De son côté, Emma ne cessait de chercher à savoir le fond musical que j'avais choisi. En effet, si je lui avais montré les schémas des enchaînements que j'avais commencé à préparer, j'avais refusé de lui faire écouter le morceau. Elle avait pourtant longuement insisté mais je n'avais pas cédé. Actuellement, cette situation la rendait folle de curiosité. Il lui arrivait encore tenté sa chance en glissant d'innocentes questions dans nos conversations. Ayant failli me faire avoir la première fois, je faisais désormais attention à chaque parole que je prononçais devant elle. En réalité, je savais bien que ça importait peu qu'elle le sache ou non. Je ne réussirai pas mieux cette épreuve en laissant ma demi-s½ur dans l'ignorance. La raison qui me poussait à agir de la sorte était plus personnelle. Je souhaitais simplement lui faire une surprise et j'espérais que celle-ci lui plairait.


Les jours qui suivirent me parurent tous identiques. J'allais au collège, rattrapais mon retard scolaire, préparais ma prestation en vue de la compétition de patinage et passais généralement le reste de mon temps avec Emma qui, depuis mon retour, planifiait de plus en plus d'activités qu'elle souhaitait faire avec moi. Entre les simples balades, les soirées passées à regarder des films et les divers sorties, elle semblait avoir une immense réserve d'idées et me surprenait un peu plus à chaque proposition. Deux semaines s'écoulèrent de cette manière. Il en restait encore deux avant le grand jour. Durant mes séances d'entraînements, je devais partager la patinoire avec une autre fille âgée d'un an de plus que moi. Toujours souriante, elle respirait la joie de vivre et ne manquait jamais une occasion de m'aider à m'améliorer. Elle n'avait pas l'air de se sentir aider supérieure alors qu'elle était vraiment talentueuse. Quand elle patinait, elle captait instantanément l'attention. Chacun de ses gestes était rempli d'une énergie contagieuse et elle glissait si facilement et gracieusement sur la surface glacée qu'elle semblait la survoler avec légèreté. A côté de cette fille, je passais sans doute pour une débutante mais elle ne paraissait pas en tenir compte. Lorsqu'elle me donnait des conseils, son regard était si doux et ses paroles si encourageantes que je ne pouvais que 'écouter. pas une fois, elle n'avait remis mes choix en question. Elle tenait à garder mes idées initiales mais elle m'aidait à pousser mes réflexions plus loin que je ne le faisais. Sans oublier qu'elle me guidait également lorsque je pratiquais ma chorégraphie afin de me rappeler certaines bases du patinage que j'oubliais de temps à autre.


En ce moment, j'étais en train de terminer mon troisième passage de la séance. J'entendis les dernières notes de la mélodie retentir avant de m'arrêter, le souffle court, et de mimer un salut final devant un public imaginaire. Sur le côté, je vis ma coéquipière me faire signe de la rejoindre. Appuyée contre la barrière de sécurité, elle m'avait observée de ses yeux experts en notant mentalement les détails qui l'interpellaient. 


« - C'était super ! Tu t'es vraiment améliorée.

- Merci beaucoup, c'est surtout grâce à ton aide. ».

Aucune de nous ne put ajouter quoi que se soit, toutes deux intriguées par de faibles applaudissements et des échos des pas d'une personne. Pendant que nous cherchions l'origine de ces sons, les applaudissements devinrent de plus en plus lents jusqu'à complètement s'arrêter. Quant aux pas, ils paraissaient s'intensifier à chaque seconde. Pourtant, eux aussi finirent par stopper toutes nuisances sonores, signe que la personne était désormais immobile. Alors que je balayais encore la zone du regard sans parvenir à la repérer, la jeune fille à mes côtés me tapota doucement l'épaule pour m'annoncer que je n'avais plus à chercher. En effet, sur la plus haute marche de l'escalier des gradins, un homme se tenait immobile en nous jugeant de loin. De nombreuses secondes s'écoulèrent sans qu'il n'ajoute autre chose. Il se contentait seulement de replacer une mèche de cheveux vers l'arrière car celle-ci avait la fâcheuse manie de tomber devant ses yeux au moindre geste qu'il effectuait. J'en profitais pour le détailler discrètement. Il était grand et gardait le dos impeccablement droit. Sa longue silhouette élancée se trouvait sculptée de toutes parts ce qui laissait croire qu'il entretenait son corps à la perfection. Ses cheveux noirs de jais coupés irrégulièrement tombaient aussi bien sur ses larges épaules que sur le haut de sa nuque. Leur coupe était un peu particulière, comme s'il n'avait pas réussi à choisir la longueur qui lui convenait le mieux avant de finalement opter pour un étrange ensemble de longueurs différentes. Malgré cela, le résultat lui allait à ravir et était loin d'être déplaisant. Ses yeux, eux, paraissaient grands et peu expressifs. Cela venait peut-être de leur couleur indéfinissable, surprenant mélange d'une multitude de teintes bleues et grises allant de la plus douce à la plus dure et ce peu importe ce qu'il ressentait. Je détournai rapidement la tête lorsque je vis ses fines lèvres dessiner un sourire sur son visage. Gênée, je reculai de quelques centimètres tandis que l'inconnu commençait à descendre les arches une par une.


« C'est vrai que ce n'est pas mal du tout. Mais si vous l'avez trouvé superbe telle quelle, attendez de voir le résultat qu'elle vous offrira en suivant mes conseils, se vanta-t-il en s'adressant à ma coéquipière, voyez-vous, sa prestation est légère et enfantine, à l'image de la musique. Globalement, elle présente quelque chose de magnifique mais certains détails entachent son travail et lui font perdre de la valeur. C'est dommage. ».


Sans attendre une quelconque réaction de notre part, l'homme fit le tour de la surface glacée afin d'atteindre le tableau accrochée au mur. Il attrapa un feutre à son bord et se mit à dessiner rapidement des schémas de certains mouvements de ma chorégraphie qu'il plaçait méthodiquement sur une droite également tracée au feutre. Pendant qu'il agissait, je sentis le fille me prendre doucement la main et la serrer fermement contre elle. Elle n'avait pas confiance en lui et ça me rendait nerveuse. Elle dut le remarquer car elle me lança un sourire réconfortant.


« - Vous ne voulez pas vous approcher un peu pour mieux voir ce que j'ai dessiné ?

- Nous voyons très bien d'ici !, affirma sèchement la jeune fille en perdant son sourire.
- Comme vous voulez. Je disais donc que des petites bêtes rendaient votre travail beaucoup moins agréable à regarder. Par exemple, imaginez que cette droite représente la musique que vous avez choisi. Vous remarquez qu'elle est construite de manière à être continue, sans aucune coupure ou interruption. La mélodie se poursuit du début jusqu'à la fin avec une grande stabilité. En revanche, votre chorégraphie est distinctement composée de trois parties que l'on sépare très facilement. De plus, le passage d'une partie à l'autre est beaucoup trop brusque ce qui contraste avec la musique. Essayez de mettre en place de courtes transitions plus fluides comme des fentes. Vous comprenez ? ».

Il posa doucement le feutre sur la petite table qui se trouvait à ses côtés avant de braquer son regard sur moi. J'hochai lentement la tête, seule réaction que j'étais capable d'avoir. Je restais étonnée de ses explications, il semblait bien maîtriser le sujet. Mais son attitude était si aisée et osée envers nous qu'elle participait à mon incapacité à contrôler ma nervosité.


« Bien ! Maintenant, passons à la pratique ! Mademoiselle, recommencez votre présentation en appliquant mes conseils. Exécution ! » ordonna-t-il.


Calmement, ma coéquipière libéra ma main de la sienne avant de me faire signe d'obéir à l'homme. Je soupirai longuement dans le but de me calmer puis je me dirigeai vers le centre de la patinoire. A peine fus-je en place que les premières notes retentirent.


En soi, les changements que je devais effectuer n'étaient pas majeurs. Je devais seulement ajouter deux transitions, raccourcir certains pas et peut-être en supprimer d'autres afin de rester le tempo. Cependant, lorsque je finis ma démonstration et que la musique se tut, j'étais complètement essoufflée et la pièce dansait sous mes yeux. Je pris quelques secondes pour me ressaisir. De loin, j'entendis vaguement la voix de la jeune fille qui me félicitait en admettant que le mystérieux inconnu avait raison avant de s'exclamer que ce dernier avait disparu.

Tags : fiction 1 - une dernière année - chapitre 39

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Comments :

  • fanficandosARCV

    12/08/2017

    Bon Selena est en train de s'entrainer puis s'entend bien avec celle elle partage la patinoir

    Le monsieur lui a donner quelque conseils pour faire avec la musique

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