Chapitre 40 (fiction 1)


Le reste de notre entraînement se déroula normalement mais l'atmosphère qui régnait dans la pièce avait changé. De chaleureuse et joyeuse, elle était passée à déconcertante et pesante. A chaque instant, je m'attendais à entendre des applaudissements suivis d'une remarque vaniteuse et d"un conseil pertinent. Ma coéquipière devait être dans le même état que moi. En effet, elle jetais sans cesse des regards suspicieux vers les gradins et sa concentration en ce qui concernait le concours avait complètement disparu. Sur la glace, elle répétait sa chorégraphie de manière parfaite, sans erreurs et en étant dans le rythme, mais je ne ressentais plus la même chose que lors de ses précédentes prestations. La jeune fille manquait d'énergie et de gaieté. Elle était désormais troublée et inquiète. Je doutais d'être dans un meilleure état. Cette situation dura plus d'une demi-heure. Après ces trente minutes, nous sortîmes de la surface de la glace afin de rejoindre les vestiaires et de nous changer. Pas un mot n'était prononcé entre nous. Une personne extérieur à ce qui venait de nous arriver aurait sûrement cru que nous venions de nous disputer.

Je terminais d'enfiler mes chaussures pendant que la jeune fille attrapa son sac et se dirigea vers la sortie du vestiaire. Ses pas résonnaient contre le carrelage de la pièce et je pouvais la suivre à l'oreille. C'était comme ça que j'avais su qu'elle s'était arrêtée avant de franchir le pas de la porte. Je ne relevai pas immédiatement la tête, pensant qu'elle avait oublié quelque chose et le cherchait du regard. Je sursautai lorsqu'elle éclata soudainement de rire et la fixai comme si elle venait de perdre l'esprit.Je ne comprenais pas sa réaction mais son rire était si contagieux que je ne pus réprimer un sourire. Sa crise de fou rire dura au moins cinq minutes. Dès qu'elle semblait se calmer, ses lèvres se retroussaient et le rire la regagnait aussitôt. Je pensais qu'elle n'avait pas supporté l'ambiance tendue et essayait de se détendre.


« - Tu sais quoi ? Je me moque de savoir qui est cet homme, dit-elle quand elle en fut capable, d'accord, il est de bon conseil mais je ne vais pas me torturer pour trouver l'identité d'une personne qui apparaît de nul part et disparaît quelques minutes après sans explication ! Je vais me motiver pour gagner le concours et toi aussi ! C'est compris ?

- Compris ! ».

Elle me sourit chaleureusement puis me salua et partit. La jeune fille m'avait semblé pressée alors je n'avais pas cherché à la retenir plus longtemps. Je rangeais rapidement mes dernières affaires traînant encore sur le banc où je m'étais installée. Après les avoir toutes mises dans mon sac, j'attrapai la anse de ce dernier et me levai en le laissant pendre à mon épaule.


Dehors, le ciel était clair mais le Soleil restait caché derrière les nuages d'un blanc immaculé. Une légère brise agitait les arbres de temps à autre et quelques oiseaux, effrayés par les mouvements soudains des branches sur lesquelles ils étaient posés, s'envolaient en zigzaguant. Le temps se montrait très agréable malgré le fait que l'air était encore un peu trop froid pour la saison. J'avançais doucement dans les rues, n'accordant que très peu d'attention à ce qu'il se passait autour de moi. Cela faisait plus de dis minutes que j'avais cessé de patiner mais ma tête tournait encore tandis que ma respiration refusait de reprendre un rythme et s'entêtait à rester faible et saccadée. Je savais que, dans cet état, le mieux était de rentrer chez moi au plus vite. Cependant, j'avais beau avoir cette idée ancrée dans l'esprit, je n'accélérais pas. J'avais si mal aux jambes et au dos que je prévoyais déjà les divers courbatures que j'aurais sûrement plus tard. Aller plus vite m'était tout bonnement impossible. Soudain, je ressentis un choc sur le côté droit de mon corps et ma vue se brouilla durant une poignée secondes. Avant d'avoir pu réaliser ce qu'il se passait, je me retrouvai sur le sol tout comme mon sac ayant glissé de mon épaule. Je relevai la tête et mes yeux rencontrèrent les deux iris vertes claires du garçon qui venait de me bousculer. Je n'étais qu'à moitié surprise de voir qu'il s'agissait de Yuri, après tout, ce n'était pas la première fois qu'une telle situation nous arrivait. Il ne semblait pas plus étonné que moi, comme s'il avait prévu la chose. Il me tendit une main un peu hésitante afin de m'aider à me relever. Lentement, je la saisis et m'appuyai dessus avant de reprendre appui sur mes deux jambes. Yuri me salua rapidement en me souriant presque timidement. Je lui répondis poliment sans réellement comprendre son attitude. Il gardait une certaine distance envers moi et il fuyait mon regard. Je ne dis rien mais mon c½ur se serrait petit à petit dans ma poitrine. Il se serrait si fortement qu'il me faisait souffrir. Lui ne dut rien remarquer car il se contentait de me détailler de son regard vert. Celui-ci s'adoucissait au fil des secondes tandis que ses sourcils se fronçaient. Ses prunelles passaient principalement sur mon visage sans pour autant se permettre de s'attarder sur les miennes. Ses coups d'½il les survolaient à chaque passage ne me donnant aucun indice sur le changement qui venait de s'opérer dans sa manière de ma regarder. Finalement, il cessa de me scruter de toutes parts pour faire un pas vers moi.


« - Tu es fatiguée, lâcha-t-il doucement même si j'avais l'impression qu'il me cachait quelque chose.

- C'est normal, répondis-je après avoir abandonné l'idée de lui demander des explications, je viens de finir de m'entraîner. Mais, ça va, je me sens bien.
- N'importe quoi ! Tu es toute pâle et tu tiens à peine debout ! ».

Sans me laisser le temps de répliquer, le garçon aux cheveux châtains m'attrapa la main et m'attira vers une boutique puis me demanda fermement d'observer mon reflet dans la vitrine. Surprise par son geste, je lui obéis et me mis à fixer l'image que me renvoyais la vitre de verre. J'y découvris une jeune fille frêle et laissant parfois s'échapper un frisson. La peau de son visage était livide ce qui contrastait non seulement avec la couleur rosée qu'avaient prise ses joues, sous le coup des différentes émotions, mais aussi avec ses yeux marrons, fatigués et injectées de sang. Elle avait encore quelques mèches trempées de sueur qui lui collaient au front et je m'empressai d'y porter ma main libre pour vérifier qu'il s'agissait bien de moi. Sous mes doigts, je sentis l'humidité de mes cheveux. Le doute n'était plus permis.


Comme je ne bougeai pas, Yuri resserra l'emprise qu'il avait sur ma main. Il avisa un banc qui se trouvait non loin de là et s'y dirigea me forçant à le suivre.


« - C'est juste de la fatigue, Yuri. Je peux rentrer chez moi sans problème !

- D'accord, céda le garçon après avoir longuement hésité, mais je vais te raccompagner.
- Quoi ? Mais rien ne t'y oblige et puis tu dois avoir des choses à faire... ».

Il ne répondait plus et je compris que j'aurais beau essayer de négocier sa décision, il ne changerait pas d'avis. Je soupirai doucement et accélérai le pas pour revenir à son niveau et cesser de rester derrière lui. Ce fut donc dans un silence pesant que nous prîmes le chemin menant à ma maison.


Il ne m'avait pas lâchée et ne paraissait pas en être gêné. Petit à petit, ses doigts entrelacèrent les miens. Je ne me dégageai pas et lui offris un faible sourire qu'il me rendit, à mon plus grand bonheur. Les rues étaient très animées et les nombreuses conversations que l'on pouvait entendre camouflaient entièrement les quelques voitures passant par ici. Il n'y avait que très peu de boutiques dans ce quartier au contraire des dives résidences qui longeaient les trottoirs.Les croisements et les petites ruelles étaient loin d'être rares et il était très facile de trouver un raccourci tant la zone ressemblaient à un labyrinthe pour enfants. Nous atteignîmes rapidement ce que j'assimilais au centre du quartier tant il s'en rapprochait. Je remarquai que l'attention de Yuri venait brusquement de se porter sur quelque chose des environs. Curieuse, je jetai un ½il autour de moi et repérai un petit parc sur lequel s'était posé le regard du garçon marchant à mes côtés. Il s'étendit sur une cinquantaine de mètres carré et ses limites étaient marquées par une barrière de métal. Les installations les plus imposantes restaient le toboggan central, le tourniquet où s'affolaient quelques petits et l'immense araignée de cordes bleues dont le sommet avait déjà été atteint plus d'une fois, mais on y apercevait aussi une dizaine de bancs et trois petites balançoires à ressorts. A sa vue, la nostalgie m'envahit. Je me revoyais encore insister auprès de ma mère biologique pour qu'elle monte sur l'un des manèges à mes côtés. Plusieurs souvenirs affluèrent  dans mon esprit me rappelant la douceur et l'amour de cette femme. De la même manière qu'en ce moment, il m'était déjà arrivé d'évoquer mentalement son image. Rapidement, et comme à chaque reprise, ses gestes, son caractère et ses goûts me revenaient en mémoire. En revanche, son visage et son voix m'étaient incertains car le temps avait passé.


« Quand j'étais petit, mon père m'emmenait souvent ici, dit Yuri en stoppant inconsciemment mon afflux de souvenirs, enfin, ça, c'était avant. ».


L'éventualité qu'à une époque Yuri et son père aient pu être proches me fit sourire et me poussa à lui demander pourquoi il insistait sur le fait que cela soit du passé. A ma question, il se focalisa de nouveau sur le trajet et abandonna le parc que nous venions de dépasser. Je crus bien qu'il allait se renfermer sur lui-même et m'ignorer, cependant, il finit par reprendre la parole en ralentissant légèrement son allure. Le garçon aux cheveux châtains m'expliqua que la dernière véritable sortie qu'il avait faite avec son père remontait à environ neuf années et que lors de celle-ci l'homme lui avait annoncé qu'il allait refaire sa vie. 


Sur le coup, le jeune enfant que Yuri avait été n'avait pas compris ce que cela impliquait et s'était contenté de fixer l'adulte durant quelques secondes avant de reprendre son ascension. Ce jour-là, il était entré dans le parc avec la ferme intention de réussir à conquérir le sommet de l'araignée bleue. Il ne lui avait resté que deux mètres pour qu'il réussisse. Seulement, son père avait voulu profiter de cette sortie pour lui annoncer quelque chose et avait paru désespéré face au comportement de l'enfant. Il avait donc interpellé son fils et lui avait ordonné de redescendre immédiatement. Surpris par l'inhabituel ton qu'il avait employé, l'enfant avait obéi sans lui lancer un regard.Après avoir entièrement rejoint la terre ferme, il avait enfin daigné poser les yeux sur l'adulte. Il avait rapidement regretté son acte. Désormais, son père avait été accompagné d'une femme. Cela avait fait seulement une minute que Yuri l'avait rencontrée mais la situation n'avait pas tardé à apparaître comme ayant été étrange, anormale voire  oppressante. La femme s'était pourtant montrée chaleureuse en lui ayant parlé calmement pour lui expliquer des choses qu'il n'avait pas eu envie d'accepter. On ne pouvait pas dire qu'il l'avait détesté car ce qu'il avait ressenti avait été différent. A l'instant où le garçon aux yeux émeraude l'avait vu, il avait eu l'intime conviction que son monde avait été sur le point de subir tant de changements qu'il en serait complètement chamboulé. Il avait dû trouver un coupable et, à ses yeux d'enfants, cette inconnue en avait eu le parfait profil. Il l'avait alors interrompu pendant qu'elle lui avait une phrase, qu'il n'avait que très peu écouté, en lui ayant hurlé que tout cela ne l'avait pas intéressé. Les deux adultes avaient essayé de le calmer sans hausser le ton pour ne pas attirer davantage l'attention des autres passants. Mais tous leurs efforts avaient été vains et Yuri s'était mis à crier de plus en plus fort.

« - Vous avez pas le droit de tout changer comme ça ! Moi, je veux que les choses restent comme elles sont maintenant !
- Ça suffit, Yuri ! Arrête de faire l'enfant ! , avait fini par crier son père.
- En vrai, tu veux juste nous oublier maman et moi ! Je te déteste ! ».

Suite à ces paroles, le petit était parti en courant. Il avait eu envie de retrouver la seule personne qui aurait pu le consoler : sa mère. La femme s'était tout de suite mise à sa poursuite tandis que l'homme, ayant été choqué par les accusations de son fils, n'avait pu bouger. Malgré sa grande volonté, la dame avait perdu la trace de l'enfant qui avait eu une meilleure connaissance du quartier pour l'avoir parcouru de si nombreuses fois avec l'homme qu'il avait eu du mal à encore considérer comme son père.

Yuri avait continuer à courir sans réellement faire attention aux rues qu'il avait emprunté. Il n'avait su combien de temps cette course solitaire avait duré. Ça n'avait été que lorsqu'il s'était arrêté qu'il avait remarqué que la nuit était tombé et qu'il avait quitté la zone connu.

Tags : fiction 1 - une dernière année - chapitre 40

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Comments :

  • fanficandosARCV

    21/08/2017

    Selena continue de s'entrainer puis ressent un vertige surement du à l'entrainement. Dans cette course on retrouve Yuri qui emmène Selena vers un lieu ou il allait avec son père et raconte son passé.

    J'ai bien aimé et s'est bien déscrit je trouve. On ressent l'émotion des perso

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