Chapitre 42 (fiction 1)


Des cris affolés, des pas précipités et un concert de recommandations de dernières minutes animaient la patinoire depuis plus d'une heure. La tension était montée petit à petit dans le bâtiment et, désormais, la nervosité tiraillait les ventres de toutes les personnes présentes en son sein. On pouvait entendre le présentateur raler que son microphone ne marchait pas, l'électricien chercher énergiquement une ralonge afin que toute la pièce soit illuminée ou encore les participants arriver et immédiatement s'activer pour se préparer et revoir mentalement une dernière fois leurs chorégraphies. Des assistants se pressaient dans tous les coins et courraient d'un bout à l'autre du bâtiment. Involontairement, ils provoquaient le mécontentement des maquilleuses qui se plaignaient des chocs occasionnels qui les déconcentraient à tel point qu'elles avaient du mal à associer les couleurs entre elles. Ces dernières étaient soutenues par les coiffeurs qui, eux, avaient manqué de brûler plus d'une mèche de cheveux sous les yeux horrifiés des propriétaires desdites mèches. Les assistants préféraient ignorer leurs plaintes répétitives par peur de perdre du temps, chose qui semblait manquer à tous.

Les inscrits au concours commençaient à arriver alors que le début fixé par les organisateurs n'était que dans trois quarts d'heure. Mais, en vue du nombre de participants et du peu d'aide mis à disposition, il était nécessaire de venir plus tôt. Assise sur l'un des bancs du vestiaire, je finissais d'ajuster mon justaucorps face au miroir qui recouvrait l'intégralité d'un mur. Quand je m'y sentis à l'aise, j'enfilai des collants dont la couleur se confondait avec celle de ma peau puis mon costume par dessus le tout. La coupe de celui-ci en faisait une robe l'arrivant au-dessus des genoux. Cependant, le tissu dans lequel il y avait été cousu était imperméable, souple et tenait plus chaud que si j'avais porté une simple tenue d'été. Initialement d'un rose bonbon uni, elle avait tout d'abord été très simple et sans éclat. Ma mère adoptive m'avait proposé d'y ajouter de la gaieté. Même si je n'avais pas compris ses intentions exactes, j'avais accepté sans hésiter, l'ayant vu très enthousiaste à l'idée de m'aider. Ensemble, nous avions embelli le vêtement de base avec plusieurs jupons de longueurs et de couleurs différentes. Les teintes ayant été choisies étaient des variantes de celle du costume, soit plus claires soit plus foncées, pour éviter que le résultat ne soit trop chargé. Parmi eux, nous avions glissé un jupon découpé dans du lycra pailleté. Ce tissu brillant et recouvert de paillettes avait également été utilisé afin de recouvrir le buste de la robe. Afin de cacher des coutures trop visibles et de peaufiner notre travail, la mère d'Emma avait pensé à placer une ceinture de tissu séparant le buste et la jupe et d'accrocher quelques rubans sous la bande rose vif. En l'ayant vu mettre tant d'énergie dans ce projet, je m'étais demandé ce qui l'avait poussé à vouloir l'engager. Pourtant, je ne lui avais pas posé la question. Pour la première fois depuis que j'avais été adoptée, je n'avais pas pris en compte le fait qu'elle n'était pas ma mère biologique et j'avais agi si naturellement et simplement avec elle qu'elle m'en avait paru surprise. Je me rappelais avoir même failli l'appeler « maman » mais je m'étais rattrapée à la dernière seconde sans qu'elle ne se soit rendue compte de la chose. De son côté, la femme était restée fidèle à elle-même ayant gardé un aspect maternel et bienveillant. Ce rôle, qu'elle jouait toujours avec une aisance et une efficacité impressionnante, l'avait d'ailleurs poussé à m'ordonner de compléter mon costume avec des gants.


« A chaque fois que je te vois revenir de la patinoire, tu as les doigts bleus et du mal à les plier. » m'avait-elle expliqué.


J'avais accepté sans condition. Je n'avais jamais remarqué cet état-là de mes mains tout comme je n'avais jamais eu l'impression qu'elles aient gelé suite à l'un de mes entraînements mas la demande avait été si petite que je n'avais pas eu de raison de refuser.


Quand je fus prête, je rangeai mes habits de ville dans mon sac, attrapais mes patins et sortis des vestiaires. En quittant la salle, je découvris que les préparatifs étaient toujours aussi agités qu'à mon arrivée et semblaient loin de se calmer. Un sourire se dessina sur mon visage tandis que je m'installai pour mettre mes patins. Les cris et les pas avaient beau retentir dans un mélange de stress et d'exaspération, je trouvai qu'il aurait été dommage que l'ambiance soit différente. Le fait que chaque personne se donne autant de mal pour l'affaire d'une demi-journée rendait l'événement très vivant. Mes patins aux pieds, je balayais la zone du regard, cherchant de quoi m'occuper et ainsi refouler la montée de nervosité que je sentais venir. Je devais encore me faire coiffer et maquiller avant le début de la compétition mais tous les adultes se chargeant de cela étaient occupés. J'en  repérai un ou deux qui semblaient être sur le point de finir les soins qu'ils apportaient aux participants se trouvant devant eux. Je décidai de simplement me lever et d'attendre mon tour. A peine fus-je debout que quelqu'un me tapota l'épaule et me dit doucement, sans me laisser le temps de me tourner :


« - Tu... Tu passes en combien ?

- Tara ?, m'étonnai-je en la reconnaissant, je ne savais pas que tu participais... ou que tu patinais d'ailleurs.
- Si, si ! Ça fait presque cinq que je fais du patinage artistique ! » s'emballa-t-elle.

En y réfléchissant, ça pouvait expliquer le fait qu'elle avait non seulement entendu parler du concours mais aussi qu'elle avait eu l'une des premières affiches publicitaires l'ayant concerné distribuée. Je me fis la remarque que la jeune fille devait réellement aimer ce sport pour s'illuminer de la sorte à l'évocation de son parcours personnel. Elle qui d'habitude apparaissait comme quelqu'un de timide et discret était désormais remplie d'une énergie communicative.


Ses longs cheveux roses étaient relevés en un chignon que deux tresses encadraient afin de donner du volume à la coiffure. Seules deux mèches légèrement bouclées longeaient son visage et descendaient jusqu'au milieu de son cou. Le costume jaune citron rehaussé d'une ceinture noire la faisait ressembler à une petite fée. Ce dernier dégageait ses épaules tout en gardant un air enfantin grâce à la fleur de tissu accrochée au niveau de sa clavicule gauche et au ruban cousu en relief le long du bord supérieur du buste. Le c½ur de la fleur était teinté de blanc cassé et, plus on approchait du bord de l'accessoire, plus sa couleur s'assombrissait jusqu'à se confondre avec celle du ruban orange vif. Une chaîne de perles blanches partant de ce qui me faisant penser à une rose descendait en spirale jusqu'à disparaître sous la bande sombre séparant le buste de la jupe. D'ailleurs, en l'observant mieux, je vis que celle-ci était une superposition de dizaines de jupes en tulle, chacune aussi fine qu'une feuille de papier. Cela donnait l'impression que cette partie était faite de nuages et le fait qu'elle soit jaune lui donnait presque vie car, à chaque mouvement de la jeune fille, la couleur semblait s'estomper quelques secondes avant de revenir doucement. Des patins noirs et un discret maquillage dans les tons orange complétaient son costume. En me rendant compte que je ne lui avais pas encore répondu, je ris doucement de manière gênée.


« - Je passe la première et toi ?
- Ah bon, s' étonna-t-elle, tu as de la chance. Moi, je suis la onzième.
- Tu trouves ? J'ai plutôt l'impression du contraire.
- Mais non !, s' emporta Tara dans un élan d'énergie, comme ça tu n'auras pas de stress en plus au cours de l'attente et, après ton passage, tu pourras tout regarder tranquillement.
- Peut-être...
- Excusez-moi, intervint l'un des coiffeurs venant de terminer sa précédente tâche, laquelle de vous ouvre le concours ?
- C'est... c'est elle. » répondit la rose dont la timidité avait repris le dessus.
J'offris un petit sourire à la fille tandis que l'adulte m'attrapa par led épaules et me poussa à m'asseoir sur la chaise placée à côté de son matériel. Il appela distraitement une maquilleuse avant d'émettre une série de plaintes à voix basse. Il paraissait autant pressé que prit de court et je me demandai si inconsciemment il n'avait pas espéré une autre réponse de la part de Tara.

Après plusieurs minutes de réflexion, il fut décidé que mes cheveux seraient lissés puis attachés en une haute couette pendant sur le côté droit de ma tête. Pour mon maquillage, la femme choisit de souligner mon regard avec du mascara, de l'eye-liner et du fard à paupière rose tirant sur le blanc et d'ajouter une fine couche de gloss beige sur mes lèvres. Si, dans un premier temps, cette annonce me parut simple, je découvris rapidement qu'il fallait beaucoup plus de produits et de maîtrise que je ne l'avais pensé. Ils mirent quarante minutes pour me modeler à l'image de ce qu'ils avaient en tête. Pendant qu'ils avaient agi, les doutes avaient afflué les uns après les autres dans mon esprit. Mon ventre était noué d'inquiétude et mes pensées se bousculaient entre elles. J'avais tellement peur d'affronter le jury. Je les imaginais déjà me juger et me déclarer perdante avant la fin de mon passage. Occupée à imaginer les pires scénarios, je n'entendis pas les adultes me prévenir qu'ils avaient terminé. La maquilleuse dut me donner un léger coup dans l'épaule pour que je revienne à la réalité et intègre la situation. Je me rendis compte que je devrais me rendre sur la piste dans une poignée de secondes et me levai précipitamment en les remerciant avant de me diriger vers le rideau séparant les coulisses et la zone visible par les spectateurs. Je soupirai de soulagement en entendant le présentateur ouvrir le concours par un court monologue de remerciements envers la ville, les organisations, les spectateurs,... Rapidement, plusieurs personnes me rejoignirent. Tous ces participants semblaient nerveux et impatients de montrer le fruit de ce mois de préparation. L'homme interagissant avec le public ne s'éternisa pas et annonça, un peu trop vite à mon goût, officiellement le début de la compétition. L'une des organisatrices me fit signe de me préparer à entrer. J'hochai doucement la tête pour acquiescer. On nous avait expliqué maintes fois le déroulement précis de l'après-midi. Les adultes avaient même insisté pour que nous répétions nos entrées avec eux. Chacun d'entre nous savait exactement ce qu'il allait se passer. Comme prévu, le présentateur me présentateur en quelques mots tandis que les lumières s'affaiblissaient doucement jusqu'à ce que la pièce soit plongée dans le noir.

Je poussai doucement le rideau de velours et m'avançai sur la glace, les jambes tremblantes. Depuis leur loge surélevée, des techniciens envoyaient un faible laser lumineux pour me guider jusqu'au centre de la scène. Toujours dans la pénombre, je voyais vaguement les trois membres du jury assis derrière leur long bureau placé sur un palier au niveau de la cinquième marche des escaliers des gradins. Ils avaient beau être en face de moi, mon regard fut rapidement attiré ailleurs. A moins de cinq mètres d'eux, au milieu de la centaine de paires d'yeux , je fixai un flash de caméra. Il m'intriguait car toutes les personnes étant venu avec l'intention de filmer l'événement s'étaient placés en hauteur afin de ne pas avoir à bouger pour suivre les mouvements du patineur or celle-ci était au même niveau que le jury, soit assez près des barrières de sécurité. Je me demandais qui pouvait être prêt à devoir rester debout à tourner les épaules sans cesse simplement pour me filmer de près. Le stress m'empêchait de réfléchir correctement alors que j'avais l'intime conviction que la réponse était évidente. Puis, la personne tenant la caméra d'une main leva l'autre afin de me souhaiter bonne chance et, ce faisant, se redressa. Je pus reconnaître deux iris vertes pétillantes de joie encadrées par deux longues tresses blondes. Je souris à ma demi-s½ur avant de prendre une grande inspiration. Au début, j'avais accepté de m'inscrire pour elle et , chaque fois que j'avais eu un choix à faire pour préparer ma prestation, j'avais imaginé ce qu'il lui aurait fait plaisir afin de me décider. J'avais voulu la rendre heureuse mais si je ne présentais rien tout mes efforts auraient été inutiles. J'allais patiner comme je l'avais toujours fait, en m'amusant, et comme si Emma était seule dans le public. Petit à petit, mes jambes se stabilisèrent jusqu'à cesser de trembler. Les techniciens en charge du son avaient dû avoir un problème de dernière minute car la musique mit un peu de temps à arriver.Alors que des murmures d'étonnement et d'exaspération commençaient à s'élever dans l'assemblée qui ne comprenait pas pourquoi elle était encore plongée dans une silencieuse pénombre, les premières notes s'élevèrent faisant retomber le mécontentement général.Une pâle lumière de projecteur se braqua sur moi tandis que je tournai sur place. Sous le frottement de mes patins, la glace forma une légère brume scintillante qui se dissipa lorsque je m'arrêtai pour faire un salut d'ouverture. Imperceptiblement, la mélodie devint plus forte signifiant que je pouvais vraiment commencer.

Pirouette, glissade et danse.
Mes mouvements étaient fluides et précis. Mes poignets tournaient, mes bras s'élevaient et mes jambes s'entrecroisaient gracieusement.
Arabesque, grand jeté et pirouette.
Je tournoyais et virevoltais sur scène sans m'arrêter. Je sentais le tissu de mon costume se soulever par instant, me suivant dans mon ballet aérien. Une mèche de cheveux s'étant détachée de ma couette suivait également le rythme en venant me caresser le visage de temps à autre.
Fente, saut et danse.
Je m'élançais doucement, mêlant enfance et expérience, puis retombais aussi légère qu'une plume avant de continuer sur ma lancée et de poursuivre mon chemin. Mes mains, tantôt levées vers le ciel tantôt abaissées au point d'effleurer la surface d'eau aussi brillante que du cristal, se déplaçaient sans les airs avec grâce et élégance laissant à mon corps le loisirs d'exécuter des rotations parfaites.
Pas croisés, boucle et glissade.
Je me sentais tellement libre. La glace me paraissait inexistante, j'avais l'impression de voler. Je ne cessais de bouger et si, au début, je m'étais placée au centre de la scène, je m'en étais éloignée au fil des minutes décrivant une spirale par ma trajectoire. Enfin, alors que je frôlais le bord de l'étendu, je m'envolai une dernière fois pour atteindre mon point de départ, les jambes fléchis. Les tours sur moi-même que j'avais débuté lors de cet ultime saut ne s'interrompirent pourtant pas. La pirouette assise que j'avais entrepris s'éleva lentement accompagnée par des flocons de neiges se rassemblant en un second voile scintillant sous la lumière. Plus que la Lune qui a besoin d'aide pour briller, durant quelques secondes, j'avais le sentiment d'être le Soleil qui illuminait de lui-même.

Peu à peu, la mélodie voyait ses notes s'espacer les unes des autres. Son rythme ralentissait et le volume diminuait. En harmonie, je stoppai tous geste, les bras croisés, paumes vers le haut et un pied en avant, pendant que la musique s'endormait. Vin ensuite mon salut final suivi d'un tonnerre d'applaudissements.

Tags : fiction 1 - une dernière année - chapitre 42

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Comments :

  • fanficandosARCV

    25/09/2017

    Je pense que dans le prochain on aura surement les autres prestation et celle qui gagnera le concour

  • fanficandosARCV

    25/09/2017

    Bon le début s'est la préparation de Selena pour son concour et ensuite sa présentation qui est bien déscrit

    On arrive facilement a imaginé la scène et je t'admire le talent de comment tu utilises les mots

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