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Chapitre 37 (fiction 1) 13/07/2017


La jeune fille continuait de me fixer en silence tandis que la détaillais discrètement. Ses lèvres formaient un faible sourire comme si elle était gênée d'être ici. Malgré cela, son regard était posé avec force sur moi et elle me semblait prête à partir dès maintenant. Après une dizaine de secondes, elle pinça les lèvres et tourna la tête sur le côté. Sa détermination avait l'air vacillante. Elle voulait sûrement me demander quelque chose sans pour autant oser le faire. Nous restâmes quelques temps sans bouger avant qu'elle ne soupire longuement comme pour se calmer.

« - Toi aussi, tu vas par là ?

- Heu... oui.
- On fait une partie du chemin... ensemble ? » proposa-t-elle en se plaçant de nouveau entièrement face à moi.

J'hochai doucement la tête pour acquiescer tout en tentant de lui sourire. Pourtant, nous ne nous mîmes pas à marcher immédiatement. La jeune fille fit seulement un pas vers moi avant de plonger son regard dans le mien. Ses yeux azur reflétaient la lumière du Soleil tout en brillant d'un éclat d'une volonté si forte que je ne pouvais me résoudre à bouger pour la stopper dans son observation. Quelques mèches de ses cheveux flottaient devant son visage au rythme du vent mais cela ne semblait nullement la déranger. Son attitude timide et réservée contrastait complètement avec ce que je lisais en elle. C'était comme si elle luttait contre ce qu'elle aurait fait habituellement pour pouvoir atteindre son objectif. Objectif que j'ignorais mais qui devait certainement m'inclure dans sa réalisation. Après plusieurs secondes durant lesquelles l'atmosphère s'était faite lourde et presque gênante, cette fille cligna des yeux plusieurs fois de suite avant de me sourire timidement et de se placer à côté de moi. J'aurais pu dire qu'elle venait de se rappeler de quelque chose en me fixant mais je savais que ce n'était pas exactement ce qu'il s'était passé. Elle ne s'était pas souvenue, elle avait découvert. En m'étudiant, elle avait compris quelque chose de la même manière que, moi, j'analysais ses faits et gestes pour me faire une idée de son état d'esprit.

Elle coupa court à ma réflexion en me demandant si nous pouvions y aller. J'acquiesçai d'un mouvement rapide de la tête.

« - Au passage, je m'appelle Tara. Je crois que je ne me suis jamais présentée. Même si c'est un peu tard pour le faire.

- Moi, c'est Séléna.
- Je sais... » murmura Tara.

Nous parcourûmes plusieurs mètres sans qu'aucune n'ajoute quoi que se soit. La rue était parfaitement calme et, en dehors du bruit de nos pas, je n'entendais rien. Pas le moindre son ne me parvenait. Ni le chant d'un oiseau qui serait passé par là ni le moteur le moteur d'une voiture roulant trop vite. Malgré tout, je trouvais cette situation moins oppressante que lorsque nous étions immobiles. Je revoyais ses iris bleus fixer les miennes tout en me paralysant. Cette image refusait de quitter mon esprit. Je revivais sans cesse cette même scène pendant d'innombrables minutes.


La rose marchait doucement et je suivais son rythme instinctivement. En réalité, depuis le début, elle guidait presque tout. Elle cherchait à faire ce qu'elle voulait avec une telle combativité contre elle-même que j'avais désormais envie de voir ce que cela allait donner. Je n'étais pas spécialement pressée et jusqu'à présent nous empruntions bien le trajet que j'aurais dû effectuer seule. Je lui emboîtais le pas sans avoir réellement de craintes. Pourtant, j'étais impatiente d'écouter ce qu'elle avait à me dire. Je la vis ouvrir la bouche avant de la refermer subitement. Elle répéta ce geste plusieurs fois sans arriver à se décider. Après avoir fait une demi-dizaine de tentatives, elle parla enfin.


« - Elle... n'est pas aussi mauvaise que tu le croire...

- Qui ça ?, demandai-je sans comprendre.
- Liza. ».

Je tournai immédiatement la tête vers Tara. Je n'avais pas envie de me disputer avec elle alors que nous nous connaissions à peine mais je ne pouvais pas être d'accord. Dès le premier où je l'avais vu, Liza m'était apparue comme une reine attirant l'attention de son plein gré partout où elle allait. Elle le voulait tellement qu'elle était prête à se débarrasser des éléments gênants, peu importe le prix. Et, parce qu'Emma n'avait jamais apprécié ce genre de comportement, la jeune fille aux cheveux sombres s'était crue en droit de lui faire vivre un cauchemar et de m'impliquer plus que nécessaire dans cette histoire. Sans attendre davantage, je demandai des explications à la fille aux yeux bleus marchant toujours à mes côtés. Elle afficha un timide sourire satisfait avant de s'exécuter.


Lorsqu'une personne a le sentiment de ne pas recevoir suffisamment d'attention chez soi, elle en cherche ailleurs. Il s'agit d'un réaction généralisée et souvent inconsciente. Si je croyais Tara, c'était la situation dans laquelle se trouvait Liza. En effet, cette dernière était unique mais, malgré cette absence de frère et s½ur, ses parents n'avaient pas été assez présents à ses yeux. Préférant travailler tard et partir en voyages d'affaires pendant plusieurs semaines, ils n'avaient jamais été à son écoute durant les périodes les calmes comme les plus agitées de sa vie. Alors quand la jeune fille avait réalisé que de plus en plus d'élèves de sa classe avaient fait attention à elle, elle y avait vu une opportunité unique. Plus les jours avaient passé, plus elle avait cherché à se faire à se faire remarqué. Son caractère s'était endurci et la culpabilité des premières horreurs réalisées avait rapidement disparu. Au début, elle ne s'était contentée que de rependre des rumeurs et de raconter d'incroyables histories pour se rendre intéressantes. Mais cette année, elle avait rencontré Emma. ma demi-s½ur était différente des anciennes victimes de Liza. Elle lui tenait non seulement tête mais, en plus, elle n'était nullement affectée par ce qu'on avait pu dire sur elle. Pour la première fois, Liza s'était heurtée à un mur. Ses et fables et ses menaces n'avaient plus marché tandis que, par un effet ricochet, la popularité de sa nouvelle ennemie avait monté. La peur de se retrouver de nouveau seule l'avait prise et l'avait poussée à trouver une autre solution.


« - Elle a envoyé des gens pour frapper Emma, lui rappelai-je.

- C'était une erreur, paniqua la rose, il faut que tu m'écoutes !
- Ma s½ur avait les bras recouverts de bleus.
- Ça ne devait pas se passer comme ça ! C'est vrai, Liza a envoyé des gens. Son cousin et des amis à lui. Mais elle pensait qu'ils allaient juste faire peur à Emma, pas vraiment la frapper...
- Ah bon ?
- Elle ne voulait même pas t'impliquer dans tout ça au début. Mais tout est tombé beaucoup trop vite... Elle ne savais pas que son cousin était revenu plusieurs et qu'il frappait Emma sauf que d'autres le savaient et ont accusé Liza. Elle a paniqué, elle ne savait plus quoi faire pour effacer cette histoire. Elle aurait voulu s'excuser mais elle n'arrivait pas à trouver le bon moment pour parler à ta s½ur, m'expliqua-t-elle, quand elle s'est rappelée de ta maladie, elle a mis au point ce chantage, en quelque sorte... Elle était sûre que tu allais accepter comme ça le tout se serait tassé seul au fil du temps. Elle n'a révélé ton secret qu'à une personne mais elle ne pense pas avoir parlé suffisamment fort pour que d'autres aient entendu ce qu'elle disait. ».

Pour preuve, Tara m'apprit que le fait que Liza m'aide à rattraper mon retard scolaire était une punition lui ayant été donnée par le directeur. Apparemment, lorsque ce dernier avait découvert ce qu'il s'était passé par le biais de plusieurs parents d'élèves, il avait longuement réfléchi avant de décider cela. Tara se doutait que si son amie n'avait pas été renvoyée de l'établissement c'était parce qu'elle était une très bonne élève. La preuve qu'elle me fournissait résidait surtout dans l'attitude de Liza : elle avait accepté toutes les conséquences en se faisant totalement oubliée.


Une fois son récit achevé, Tara ne dit plus rien et je choisis d'imiter son silence. Sans m'en rendre compte, je m'étais laissée convaincre et n'aspirai plus qu'à la croire malgré une retenue naturelle. Après tout, son aveu était crédible car aucun c½ur ne pouvait être entièrement noir ou blanc. Ils étaient tous d'un gris plus ou moins sombre.

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